Un cliché devenu symbole
L’image est directe et inconfortable : le nouveau président de la Colombie, Espriella, y apparaît marchant tranquillement parmi les corps de supposés guérilleros abattus. Le cliché, diffusé sur les réseaux sociaux, a rapidement cessé d’être une simple photographie pour devenir une pièce centrale du débat politique colombien.
Pour ses alliés, il s’agit de la preuve visuelle d’une promesse de campagne : tolérance zéro envers le crime organisé. Pour ses critiques, c’est un portrait qui frôle la célébration de la mort et qui devrait inquiéter toute démocratie.
Ce que disent les défenseurs
Le geste n’a pas été traité comme un accident. En faisant circuler les images, le président lui-même a signalé qu’elles font partie de son message.
- La marche parmi les cadavres est présentée comme une démonstration de présence sur le territoire ;
- L’épisode sert à renforcer l’idée qu’il n’y aura pas de négociation avec les groupes armés ;
- Les partisans affirment que la fermeté est la seule réponse possible après des années de violence rurale.
Les critiques
De l’autre côté, l’effet est inverse. Des spécialistes des droits humains, des secteurs universitaires et une partie de la presse internationale voient dans cet épisode un signe que le nouveau gouvernement pourrait assouplir des limites qui devraient être intouchables.
Les principales objections tournent autour de trois points :
- Humanité de l’ennemi : exhiber des corps comme un trophée symbolique contredit les principes fondamentaux du droit humanitaire ;
- Effet sur la force publique : de tels messages peuvent être lus par les agents sur le terrain comme une autorisation implicite d’excès ;
- Cycle de violence : les critiques soutiennent que la logique d’anéantissement tend à alimenter de nouvelles vagues de recrutement et de revanchisme.
La victoire de juin et le mandat qui naît de ces images
Il ne s’agit pas d’un épisode isolé. Les analystes estiment que la plateforme de sécurité radicale a été l’un des moteurs de la victoire d’Espriella aux élections de juin. L’électorat, fatigué de décennies de conflit dans les régions périphériques, a répondu à un discours qui remplace la médiation par l’affrontement.
Le paradoxe est évident : plus le président expose la brutalité du combat, plus il consolide la base qui l’a élu — et plus il élargit le chœur de ceux qui craignent le coût institutionnel de cette stratégie.
Ce qu’il faut observer à partir de maintenant
La polémique autour de ces images n’est pas seulement esthétique. Elle annonce des conflits concrets :
- Quelle sera la relation du nouveau gouvernement avec les organismes internationaux de défense des droits humains ;
- S’il y aura des changements dans la doctrine d’action des forces armées ;
- De quelle manière l’opinion publique réagira si des épisodes similaires se répètent.
Pour l’instant, il reste une certitude : le nouveau président a choisi de transformer la violence en langage politique. Et ce choix, fait devant les caméras, a déjà commencé à faire payer son prix.